Aujourd’hui, beaucoup ne veulent plus souffrir ou ressentir en courant…

Quand le confort vire à l’obsession chez le coureur…

« Nous ne voulons plus avoir trop froid ou trop chaud. Nous refusons d’avoir le corps ou les pieds mouillés. Nous ne voulons pas d’ampoules, de courbatures, de douleurs. Nous ne voulons pas nous salir, nous ne voulons même pas transpirer ».

C’est avec ce manifeste que surgit un nouveau profil de coureur : celui qui ne veut plus souffrir. Celui qui ne veut plus ressentir. D’abord : 

  • Il est à la recherche de la chaussure, du vêtement, de l’accessoire qui pourra lui offrir un confort optimal, maximal, le protéger de toutes perturbations, qu’elles soient physiques (fatigue, courbatures, ampoules…) ou circonstancielles (météo défavorable, surface accidentée…).

Ensuite :

  • Il est persuadé que toute gêne physique qui pourrait survenir, en dépit du matériel utilisé, est la preuve, à minima, que quelque chose cloche ou tout simplement qu’il faut raccrocher les crampons, que l’on n’est pas fait pour ce sport.

L’aspect « positif » de la chose, le seul probablement, c’est que cet état d’esprit est, à n’en pas douter, très challengeant pour les marques qui rivalisent d’ingéniosité et de technologie pour mettre ces nouveaux coureurs dans les meilleures dispositions.

Il ne s’agit pas de reprocher aux grands fabricants de pallier à nos différentes dispositions morphologiques : renforts pour pronateurs, supinateurs, ceux qui attaquent talon, avant-pied. Il est évident que toute innovation pensée pour prévenir d’éventuelles blessures doit être proposée. 

Non, il s’agit surtout de s’interroger, dans un premier temps, sur ce qui est en train de devenir une véritable dépendance à ces nouvelles technologies du sport. Un peu à l’image de celui qui équiperait à outrance sa maison de gadgets high-tech (système d’ouverture automatique de portes ou appareils divers à commande vocale par exemple) pour avoir le moins de doigts possibles à bouger.

Il s’agit également de réfléchir à la connaissance que nous avons de nos propres corps. C’est en acceptant de souffrir un peu, de ressentir, le froid, le chaud, la gêne, la douleur, que nous pouvons accéder à une meilleure conscience, à une meilleure maîtrise de nos capacités, de nos limites. 

Alors, oui, c’est vrai, j’utilise pas mal de matériel haut-de-gamme, technologiquement parlant, pour mes trails aujourd’hui, en particulier sur format ultra. Mais cela fait maintenant 20 ans que je cours, et je me suis construis en performant sur des épreuves avec du matériel pourtant inadéquat. Pendant deux décennies, j’ai accepté d’avancer mal-équipé, j’ai accepté de concourir malade, gêné, et parfois même blessé.  

Tout ça pour dire que je ne combat pas l’innovation technologique en course-à-pied mais, pour moi, le coureur devrait facilement s’imaginer courir avec n’importe quelle chaussure au pied. Quand bien même il aurait accès aux meilleurs matériaux. Il devrait non seulement être capable de courir mal équipé mais aussi il devrait aussi accepter de souffrir, de ressentir. D’accepter la gêne, la douleur.

Sans douleur, sans risques ni sensations, il n’y aura pas de progression. 

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Pas de courbatures et de douleurs après l’entraînement : un signe positif ou négatif ?